jeudi 12 janvier 2017

ECRIRE....par Gil Jouanard

 Gil Jouanard, écrivain qui fut un temps résident à la Maison Jules Roy a entamé depuis quelques jours un passionnant dialogue sur Facebook sur l'acte d'écrire, l'écriture, etc...
Avec son aimable accord, nous publions sur notre blog le texte paru ce matin.


 

 

Un récent échange sur Facebook m’a confirmé quelque chose que j’ai depuis longtemps subodoré, à savoir que certaines personnes considèrent l’écriture littéraire (laquelle est tout autre que son homonymique instrument de communication ordinaire) comme une thérapie, voire comme un musée des horreurs qui feraient, l’une, remonter à la surface, après diagnostic, le virus malin d’une obsession maladive, l’autre se manifester les monstres dont nous croyons être le domicile fixe.


Ce qui est sûr, c’est que, livrée à elle-même, on peut même dire : délivrée, l’écriture (dont la perspective éditoriale n’est pas véritablement nécessaire), du fait qu’elle tire à elle les mots qui nous constituent, a le pouvoir de restituer des impressions, des sensations, des sentiments et des souvenirs dont la conjonction constitue la trame de notre imaginaire et, plus modérément, le canevas de notre affectivité et de notre activité mentale.


Ce n’est déjà pas rien, loin s’en faut ; et en effet, le parcours en écriture permet de reconnaître des lieux fixes oubliés, des instants perdus de vue, des circonstances éludées ou mal vécues autrefois. Mais aller jusqu’à croire que cet exercice d’exploration et de prospection va soudain conduire au jour la folle du logis ou le diable vert de l’aliénation mentale, il y a loin. Ce n’est pas l’écriture qui rendit fous Artaud et Hölderlin par exemple. Leur folie s’étant emparée de tout eux-mêmes, elle fit main basse sur leurs écrits, inévitablement ; c’est tout ce qu’on peut dire. Il n’y a pas de relation intrinsèquement consubstantielle entre ce mal à vivre (qui pour la plupart des aliénés s’exprime par la voix ou par le silence) et l’acte d’écriture. Ils coexistent bien évidemment, puisque c’est celui que l’on est qui écrit ; mais l’écriture n’est ni le fauteur de trouble ni la panacée qui va régler son compte au cancer affectif et mental ou moral.


Il existe du reste une tout autre façon de pratiquer l’écriture, que je dirai volontiers ludique, celle que je privilégie (car les urgences qui imposent de produire un manifeste ou un cri de révolte sont rares, ou se traduisent en pamphlet ou en discours péremptoire ; râler et cracher son indignation suffit en général à apaiser notre bile), c’est la promenade. A la fois récréative et source de riches et parfois imprévues découvertes, cette déambulation qui nous fait parfois rebondir d’un mot à l’autre comme on le fait de pierre en pierre dans un torrent de montagne me ravit, m’enchante et, disons-le sans vergogne, me suffit. Pour mes démons intérieurs, j’ai appris dès l’enfance à les rabrouer, sachant d’instinct rentrer en moi-même et me tenir tranquille, ainsi que Cinna le préconisait à Octave, dans la pièce éponyme de Corneille. Il y a suffisamment d’épines sur le chemin pour ne pas aller chatouiller les pieds de mes fantasmes.
Quant aux chevaux de frise dont l’Histoire parsème le paysage, je crois moins aux vertus combatives des mots, qu’un rien suffit à éroder ou à émousser, qu’à l’action efficace d’un sécateur tranchant, c’est-à-dire justement à l’action, toujours freinée par les bavardages périphériques.


Wanderer dans l’âme, je vais ainsi dans la vie qui a la grande bonté de m’héberger. Et je m’en vais, clopin-clopant, comme chantait Yves Montand, ou encore au vent mauvais, qui m’emporte, deçà, de-là, pareil à la feuille morte, comme l’écrivit Verlaine.

 
Ce ne sont pas mes écrits, fussent-ils insolemment autobiographiques, qui me conduiront à l’asile ou dans la chambre de Zimmer (n’est-ce pas drôle, la chambre de Chambre ?), ou encore suspendu par le cou à la lanterne qui se trouvait croit-on à l’endroit précis où fut par la suite placée la boîte du souffleur du théâtre Sarah Bernhardt…

Abbeville, ce 12 janvier 2017

 

vendredi 30 décembre 2016

Voeux et début de programme 2017


 

Chers amis lecteurs, auteurs, écrivains, amateurs de littérature et amis de RVLE, nous vous souhaitons une très belle et très bonne année, pleine de lectures et d’écriture, pleine de rencontres stimulantes et chaleureuses.
Pleine de joie aussi, de bonheur, de paix, de santé, d’espérance et de confiance.

Nous essayerons  cette année encore, avec une équipe élargie, de vous proposer quelques rendez-vous.

Nous les commencerons au café, soit à La Renommée à Saint Père soit aux Glycines à Vézelay, en alternance.

Voici un début de programme pour le premier semestre:

Rencontres au café à 18h30:

  • Samedi 18 mars à la Renommée (Saint-Père) dans le cadre du Printemps des poètes: café poésie, avec Samedi Poésie et Dimanche Aussi et le poète Jean-Christophe Belleveaux ;
  • Samedi 8  avril aux Glycines : Sophie Caillat et sa nouvelle maison d’édition Premier Parallèle ;
  • Samedi 13 mai (St Père) : autour de l’écriture de Pierre Michon, avec Henri Mitterrand et Jean-Louis Tissier notamment ;
  • Samedi 3 juin (Glycines) : avec Claire Tencin, écrivain, auteur de trois « récits » et d’un essai
     

Nuit de l’écriture : samedi 24 juin, avec Jacques-François Piquet, écrivain invité en 2016 des Grands Rendez-Vous.


Nous essayerons de monter le samedi 1 juillet une Journée de la lecture, avec le mouvement Mots dits-Mots lus.

Nous espérons aussi pouvoir vous proposer une après- midi festive de promenade ou goûter littéraire et un nouveau stage de lecture à voix haute avec Les Mots Parleurs.

D’ici là, passez de belles fêtes de fin d’année et commencez bien l’année nouvelle.

Avec toute notre amitié

L’équipe des RVLE

samedi 10 décembre 2016

Duetto avec Proust, Laurence Grenier et Sara Saragoni à Paris


Quatre représentations de Duetto sur Marcel Proust, avec Laurence Grenier et Sara Saragoni, à Paris cette semaine, dans la cave d’un café du Quartier Latin, les 5 et 9 décembre.

Une dizaine de spectateurs en moyenne à chaque spectacle, des amis de l’une ou de l’autre, des inconnus aussi, passants attirés par l’affiche apposée aux vitres du Rendez-Vous Saint Germain. Tous intéressés à des degrés divers, des passionnés, des découragés de la lecture suivie de l'auteur, tous attentifs.

C’est à peu près la même performance que celle donnée à Vézelay le 1 octobre au premier étage de l’Ame enchantée, mais les improvisations de Laurence permettent de subtiles variations. Une lectrice seulement, au lieu de deux, Sara, qui donne à entendre la beauté des textes de Proust.

Malgré les bruits du café, la fraîcheur de la cave, la tension est restée intense, comme une communion qu’évoquait Laurence dès qu’il s’agit de groupes proustiens. A l’issue de chaque séance, chacun pouvait exprimer ses joies et réticences à la lecture. Sara a pu lundi parler longuement de son rapport à l’autre « grand » pour elle, Dante. Vendredi, Dominique Drouin a dit par cœur des passages superbes ou drôles de son maître.

Je lui cède la place pour qu’il partage dans ce blog ses impressions immédiates :

« Quitter son Morvan adoré (son "Morvana"), la mort dans l'âme, et voir fondre ses regrets bien vite dans la cave de ce café parisien malgré sa fraîcheur, quelle ne fut pas ma joie, offerte comme à tous les participants, suscitée par cette communion proustienne ! Et tant pis pour le migrateur volage que ça fait de moi ! Proust lu par Sara Saragoni, c'est un peu Bach joué par Glenn Gould ; exhaussant, magnifiant ici d'une voix chatoyante la prosodie, les subtilités et nuances de l'écriture proustienne. » 




 

lundi 5 décembre 2016

Une chronique de Claire Tencin à propos de "Réparer les vivants"


Comment enterrer les morts ?

A l’occasion de la sortie du film Réparer les vivants adapté du roman éponyme de Maylis de Kerangal, je sors de mes archives un article que j’avais écrit à l’occasion de la parution du livre en septembre 2014.

Réparer les vivants, ça se lit facilement, il n’y a rien à dire de l’écriture, les personnages, la psychologie des personnages, le suspense, tous les ingrédients d’une narration palpitante qui bat au rythme d’un cœur en sursis. Disons d’un cœur en transit dont le passage d’un mort à un vivant se joue comme une tragédie grecque, sur le champ de bataille de l’unité de temps et de l’unité de lieu. Vingt-quatre heures dans un hôpital. Les personnages sont incarnés, vivants, campés dans une rhétorique émotionnelle codifiée, aussi codifiée que dans une série télévisée, panique, effondrement, colère, pleurs, doutes, décisions. Le synopsis d’un film y est déjà inscrit en creux. 

Une tragédie humaine simple, comme celles dont les faits divers rendent compte, un accident de voiture, la mort d’un jeune homme, sur laquelle a été greffé un reportage très documenté sur le don d’organes, comme tant d’autres que l’on a pu voir à la télévision. Aujourd’hui le protocole de la transplantation des organes est largement connu du grand public. La tragédie faussement annoncée dès le début aurait nécessité selon les codes en vigueur de risquer la question du fatum qui régit l’irréductible condition humaine. Mais dans ce roman, comme dans bien d’autres romans contemporains, la frontière entre information et narration romanesque s’est considérablement rétrécie ces dernières années, phénomène lié – je me l’explique ainsi – en partie par l’entrée massive des journalistes en littérature et dans les maisons d’édition, et beaucoup au penchant déjà très accentué de la presse à rendre conte de l’actualité.

Donc dans le genre « informatif », Réparer les vivants est un roman réussi. Avec un souci emphatique pour la description des corps, des postures, des états psychologiques, cette délicate attention à portraiturer tous les personnages sans en négliger un, Marianne, Sean, Simon, Thomas, Alice, les docteurs, les malades, et j’en passe, un à un érigé par leur mécanique gestuelle en intermédiaire identificatoire si nécessairement humain dans le transfert entre le lecteur et le projet de l’écrivain. Le don d’organe comme parabole du don d’écriture, la greffe a pris… Maylis de Kerangal a opté pour le pacte de lecture émotionnel et il se prête admirablement à ce sujet jugé par la critique comme courageux et si réel.

Maylis de Kerangal se garde bien d’entrer dans le dilemme métaphysique qu’elle amène anecdotiquement dans un Lavomatic : Enterrer les morts et réparer les vivants,  la citation de Platonov relevée dans un journal comme on relève une information banale. Enterrer les morts pose véritablement l’enjeu que le don d’organes devrait nous inviter à  penser. L’auteur l’a tout simplement rayé de son titre, comme elle a rayé de son roman la question métaphysique. Que deviennent les morts, que deviennent les organes qui ressuscitent dans d’autres vies ? Claire, la transplantée, ne peut tout simplement pas dire merci à la famille de son donneur, vide préoccupation de la fin, sans grand destin pour la littérature. 

Car si le roman a un destin, comme je le crois, c’est bien celui d’inventer les questions que l’homme n’a pas encore posées, d’imaginer la part invisible de ce monde-ci réduit à un spectacle usé. La recrudescence de la littérature informationnelle nous confine inéluctablement sur un territoire mortifère (que je définis comme l’opposé de l’émerveillement), territoire que se partagent déjà tant et tant de discours morts-nés. La transplantation d’un organe se limite-t-elle à échanger un boulon usé contre un boulon neuf ?  Le cœur plus que tout autre organe est chargé d’une valeur symbolique. Il est le siège des affects et de la Vie. Avec le don d’organes, la disparition de l’être se voit différé, reterritorialisé dans l’autre et s’ouvre sur une promesse d’un Au-delà, non plus au Paradis mais dans le monde des vivants. La possibilité de cette transmigration d’une « part de l’être » dans un autre corps travaille non seulement  la société mais modifie aussi notre perception de la « fin » de toute vie. Une modification qui s’opère dans l’effroi et l’espérance qu’elle nourrit. Comment des parents enterrent-ils un enfant dont le cœur continue à battre dans un autre ? Comment une personne transplantée peut-elle recevoir dans sa chair une part de l’autre sans en être modifiée ? Peut-être ce roman aurait-il dû commencer par la fin !  

Claire Tencin


mardi 29 novembre 2016

La Maison Jules Roy, suite...

Beaucoup de réactions à notre mailing et sur Facebook. Réactions de soutien à la Maison Jules Roy, à la fois de personnalités, d'associations littéraires et d'amateurs de ces soirées chaleureuses et des lectures nombreuses qui y ont été faites.



 Et une réponse du directeur des Affaires Culturelles de l’Yonne, qui nous reproche de véhiculer des informations « erronées ».
En fait, il confirme bien que la Maison Jules Roy doit obéir à la contrainte de ne pas recevoir plus de 19 personnes, personnel inclus, soit 17 personnes…

Le non-respect de la règle peut entrainer la fermeture de l’établissement. En cas d’accident, la responsabilité pénale du président du Conseil départemental peut être engagée.

Il précise « Les décisions prises ne concernent que 2017, en attendant que des travaux soient réalisés. » Or aucune précision n’est apportée quant à la nature de ces travaux et leur calendrier. Aucune mesure de remplacement n’est prévue pour pallier l’insuffisance d’accueil et la poursuite des activités hors les murs de la MJR.

On ne peut croire que des travaux, à proximité de la basilique, ne prendront qu’une année. Ils ne paraissent pas encore définis, ils n’ont donc pas encore les autorisations nécessaires, et les procédures ne paraissent guère engagées.

En tout état de cause, une meilleure et claire information du public est souhaitable ! C’est le flou entretenu qui engendre des rumeurs.

Même au cas bien improbable où ces travaux ne dureraient qu’un an, des solutions de remplacement doivent être prises. Ne serait-ce qu’une grande tente dans les jardins.
Il ne s'agit pas seulement de mettre des locaux à la disposition des associations voulant se réunir mais de maintenir l'esprit de la MJR et sa vocation à y organiser des réunions littéraires, au-delà des associations usagères...
Les locaux qui pourraient être aménagés doivent être mis à la disposition des responsables de la Maison Jules Roy pour qu'ils y continuent leurs activités.

On attend plus d’éclaircissements.

mercredi 23 novembre 2016

Menaces sur la Maison Jules Roy




 

En 2017, en raison de l’absence d’une issue de secours en cas d’incendie, la Maison Jules Roy ne pourra plus recevoir de réunions comptant plus de 20 personnes.

Autant dire que toute activité littéraire sera proscrite, au nom d’impératifs de sécurité largement aberrants pour tout observateur. 

La Maison Jules Roy joue dans la vie culturelle de Vézelay et de son environnement un rôle capital et irremplaçable. En dehors même de sa fonction de maison d’écrivain visitable et de résidence d’écrivain, elle a été et reste le cadre d’événements littéraires marquants. Elle doit le rester. Que devient une résidence d’écrivain si ce dernier n’y a pas la possibilité de s’exprimer et de présenter au public son œuvre et son travail ?

Cette belle maison, admirablement située face à la basilique, où un écrivain a vécu et travaillé, aménagée comme elle l’a été, avec des pièces ni trop grandes ni trop petites, est le lieu idéal pour des soirées chaleureuses et fortes.

Si la MJR ne permet plus ce genre de réunion, c’est toute la vie culturelle littéraire locale qui s’effondre. Aucun autre lieu à Vézelay ne pourra la remplacer. Il n’en existe d’ailleurs pas d’autre !

Pour les mêmes raisons invoquées de sécurité, le musée Zervos, lui aussi aménagé à grands frais, n’est pas accessible à plus de 19 personnes, mais on peut mieux l’accepter en raison de l’exiguïté des pièces et de la valeur des toiles exposées. On peut le comprendre mais on doit le regretter ! Tous les  musées sont aujourd’hui le cadre d’animations qui assurent leur fréquentation. On prive une institution d’attraits, puis on stigmatise son peu de rentabilité !

La salle des fêtes de la mairie est peu hospitalière. Le centre Jean Christophe, hier le cadre de très belles manifestations, ne peut plus guère être utilisé aujourd’hui : il est onéreux et peu accessible aux personnes à mobilité réduite et à tous ceux qui craignent de se fouler la cheville!

La maison de La Goulotte où se déploie l’association-fondation Zervos est certes le cadre de magnifiques événements que nous gardons tous en mémoire. Mais elle reste spécialisée à l’entourage des Zervos, à la critique d’art  ou à l’art contemporain. Ses responsables n’accepteraient guère, et on les comprend, d’accueillir des entretiens de pure littérature ou les conférences d’association comme celle de Romain Rolland ou Jules Renard !

La Cité de la Voix est excessivement sollicitée, elle aussi centrée sur la musique. Malgré l’immense bienveillance de son directeur, elle ne peut à elle seule répondre à toutes les demandes, sans sortir de sa vocation primordiale.


Les élus ne peuvent souhaiter et encourager le dynamisme de Vézelay, qu’il s’agisse des touristes et visiteurs  ou des habitants, et diminuer l’offre culturelle, sachant surtout comme on se plait à le dire aujourd’hui, que cette offre a des retombées économiques notables.

La crainte est évidemment que l’on commence à rogner sur les activités de la Maison Jules Roy, à les rendre impossibles, ce qui justifierait à terme la fermeture d’un lieu cher à entretenir et sans utilité….

C’est contre cette situation que notre association RVLE, soutenue par l’association Romain Rolland et certainement d’autres, réagit aujourd’hui, en espérant une décision forte qui nous sorte du flou actuel


 Geneviève Pascaud

mardi 22 novembre 2016

Un écrivain parmi nous: Claire Tencin, "Le silence dans la peau"

 

 
Claire Tencin va rejoindre notre équipe de RVLE où son expérience de jeune écrivain nous sera très utile. Elle vit entre Paris et un village du Morvan très proche de Vézelay.



Elle a déjà publié trois livres :

-  le  premier en 2012, aux éditions du Relief, « Je suis un héros, j’ai jamais tué un bougnoul », présenté en version théâtrale l’an passé à la Maison Jules Roy. Il retrace une figure de père, vitupérant, éructant, bouleversé, massacré par les souvenirs de la guerre d’Algérie. 

- Ensuite, très différent, « Aimer et ne pas l’écrire », autour de Marie de Gournay, la fille spirituelle un peu oubliée, de Montaigne, dans une langue soutenue, classique, élégante.  Publié en 2014 chez tituli.

- et récemment « Le silence dans la peau », toujours chez tituli, dans un style serré, tendu, très travaillé. Après les éructations du père, les silences de la mère ou le trop plein de mots qui ne veulent rien dire….

Outre ces textes, Claire Tencin écrit aussi de la critique littéraire dans la revue trimestrielle « L’Atelier du roman » et a publié un livre d’entretien avec un essayiste-peintre, « L’étoffe et la peau », sur la peinture contemporaine.

 

Entre les trois livres, si différents dans la forme, un fil rouge : comment une femme devient sujet, par le langage, la maitrise des mots et l’écriture.


« Le silence dans la peau » mêle oralité et langue très écrite. Pas de dialogue pourtant, l’oralité y est inscrite dans l’écriture quelquefois triviale, à d’autres moments très conceptuelle et poétique. Variation des genres…

C’est un livre court comme les autres, 75 pages, mais dense, construit, où les révélations se font peu à peu, où la typographie est importante : des espaces blancs qui se remplissent,  des mots sont barrés, comme censurés, des chapitres ou séquences commencent sur la page de gauche, directement, sans espace vide, comme pour dire l’étouffement du huis-clos. La première phrase qui revient comme une incantation...

A la question du pourquoi des textes courts, l’auteur répond par son souci de pratiquer une écriture-diagnostique, au scalpel. 

Ses livres ne sont jamais des romans, mais se présentent comme récit, prose…, Elle ne se veut pas romancière, elle refuse l’écriture narrative linéaire et explique qu’elle écrit par feuilletage, elle « monte » son texte, avec des allers-venues, des propos de diverses natures.

A chaque livre, l’écrivain cherche un style et rêve d’écrire des choses très différentes sous pseudonyme.

Pour le lecteur, c’est un texte sur trois générations de femmes et  un texte sur le langage, sur l’écriture.

Donc une trilogie avec des figures presque génériques : la Mère, la Fille, qui est aussi la narratrice, et une absente, la mère de la mère.

Entre elles, le silence de l’absence et le silence du trop- plein de mots, une lésion sémantique entre mère et fille-narratrice… Entre ces trois femmes, un Récit va s’élaborer, à travers la narratrice ; ce Récit, figure un peu énigmatique, va remplir les blancs, lier les vies, leur donner sens.

Il va être le Récit d’une émancipation, d’un rejet et d’une naissance à soi de la narratrice. Son refus de la maternité, son refus du métier de femme, c’est pour accoucher de la parole, du langage, de l’écriture. Le Récit d’une vocation d’écrivain.
Claire Tencin sera invitée à une rencontre au café le samedi 3 juin 2017.
Geneviève Pascaud