vendredi 30 décembre 2016

Voeux et début de programme 2017


 

Chers amis lecteurs, auteurs, écrivains, amateurs de littérature et amis de RVLE, nous vous souhaitons une très belle et très bonne année, pleine de lectures et d’écriture, pleine de rencontres stimulantes et chaleureuses.
Pleine de joie aussi, de bonheur, de paix, de santé, d’espérance et de confiance.

Nous essayerons  cette année encore, avec une équipe élargie, de vous proposer quelques rendez-vous.

Nous les commencerons au café, soit à La Renommée à Saint Père soit aux Glycines à Vézelay, en alternance.

Voici un début de programme pour le premier semestre:

Rencontres au café à 18h30:

  • Samedi 18 mars à la Renommée (Saint-Père) dans le cadre du Printemps des poètes: café poésie, avec Samedi Poésie et Dimanche Aussi et le poète Jean-Christophe Belleveaux ;
  • Samedi 8  avril aux Glycines : Sophie Caillat et sa nouvelle maison d’édition Premier Parallèle ;
  • Samedi 13 mai (St Père) : autour de l’écriture de Pierre Michon, avec Henri Mitterrand et Jean-Louis Tissier notamment ;
  • Samedi 3 juin (Glycines) : avec Claire Tencin, écrivain, auteur de trois « récits » et d’un essai
     

Nuit de l’écriture : samedi 24 juin, avec Jacques-François Piquet, écrivain invité en 2016 des Grands Rendez-Vous.


Nous essayerons de monter le samedi 1 juillet une Journée de la lecture, avec le mouvement Mots dits-Mots lus.

Nous espérons aussi pouvoir vous proposer une après- midi festive de promenade ou goûter littéraire et un nouveau stage de lecture à voix haute avec Les Mots Parleurs.

D’ici là, passez de belles fêtes de fin d’année et commencez bien l’année nouvelle.

Avec toute notre amitié

L’équipe des RVLE

samedi 10 décembre 2016

Duetto avec Proust, Laurence Grenier et Sara Saragoni à Paris


Quatre représentations de Duetto sur Marcel Proust, avec Laurence Grenier et Sara Saragoni, à Paris cette semaine, dans la cave d’un café du Quartier Latin, les 5 et 9 décembre.

Une dizaine de spectateurs en moyenne à chaque spectacle, des amis de l’une ou de l’autre, des inconnus aussi, passants attirés par l’affiche apposée aux vitres du Rendez-Vous Saint Germain. Tous intéressés à des degrés divers, des passionnés, des découragés de la lecture suivie de l'auteur, tous attentifs.

C’est à peu près la même performance que celle donnée à Vézelay le 1 octobre au premier étage de l’Ame enchantée, mais les improvisations de Laurence permettent de subtiles variations. Une lectrice seulement, au lieu de deux, Sara, qui donne à entendre la beauté des textes de Proust.

Malgré les bruits du café, la fraîcheur de la cave, la tension est restée intense, comme une communion qu’évoquait Laurence dès qu’il s’agit de groupes proustiens. A l’issue de chaque séance, chacun pouvait exprimer ses joies et réticences à la lecture. Sara a pu lundi parler longuement de son rapport à l’autre « grand » pour elle, Dante. Vendredi, Dominique Drouin a dit par cœur des passages superbes ou drôles de son maître.

Je lui cède la place pour qu’il partage dans ce blog ses impressions immédiates :

« Quitter son Morvan adoré (son "Morvana"), la mort dans l'âme, et voir fondre ses regrets bien vite dans la cave de ce café parisien malgré sa fraîcheur, quelle ne fut pas ma joie, offerte comme à tous les participants, suscitée par cette communion proustienne ! Et tant pis pour le migrateur volage que ça fait de moi ! Proust lu par Sara Saragoni, c'est un peu Bach joué par Glenn Gould ; exhaussant, magnifiant ici d'une voix chatoyante la prosodie, les subtilités et nuances de l'écriture proustienne. » 




 

lundi 5 décembre 2016

Une chronique de Claire Tencin à propos de "Réparer les vivants"


Comment enterrer les morts ?

A l’occasion de la sortie du film Réparer les vivants adapté du roman éponyme de Maylis de Kerangal, je sors de mes archives un article que j’avais écrit à l’occasion de la parution du livre en septembre 2014.

Réparer les vivants, ça se lit facilement, il n’y a rien à dire de l’écriture, les personnages, la psychologie des personnages, le suspense, tous les ingrédients d’une narration palpitante qui bat au rythme d’un cœur en sursis. Disons d’un cœur en transit dont le passage d’un mort à un vivant se joue comme une tragédie grecque, sur le champ de bataille de l’unité de temps et de l’unité de lieu. Vingt-quatre heures dans un hôpital. Les personnages sont incarnés, vivants, campés dans une rhétorique émotionnelle codifiée, aussi codifiée que dans une série télévisée, panique, effondrement, colère, pleurs, doutes, décisions. Le synopsis d’un film y est déjà inscrit en creux. 

Une tragédie humaine simple, comme celles dont les faits divers rendent compte, un accident de voiture, la mort d’un jeune homme, sur laquelle a été greffé un reportage très documenté sur le don d’organes, comme tant d’autres que l’on a pu voir à la télévision. Aujourd’hui le protocole de la transplantation des organes est largement connu du grand public. La tragédie faussement annoncée dès le début aurait nécessité selon les codes en vigueur de risquer la question du fatum qui régit l’irréductible condition humaine. Mais dans ce roman, comme dans bien d’autres romans contemporains, la frontière entre information et narration romanesque s’est considérablement rétrécie ces dernières années, phénomène lié – je me l’explique ainsi – en partie par l’entrée massive des journalistes en littérature et dans les maisons d’édition, et beaucoup au penchant déjà très accentué de la presse à rendre conte de l’actualité.

Donc dans le genre « informatif », Réparer les vivants est un roman réussi. Avec un souci emphatique pour la description des corps, des postures, des états psychologiques, cette délicate attention à portraiturer tous les personnages sans en négliger un, Marianne, Sean, Simon, Thomas, Alice, les docteurs, les malades, et j’en passe, un à un érigé par leur mécanique gestuelle en intermédiaire identificatoire si nécessairement humain dans le transfert entre le lecteur et le projet de l’écrivain. Le don d’organe comme parabole du don d’écriture, la greffe a pris… Maylis de Kerangal a opté pour le pacte de lecture émotionnel et il se prête admirablement à ce sujet jugé par la critique comme courageux et si réel.

Maylis de Kerangal se garde bien d’entrer dans le dilemme métaphysique qu’elle amène anecdotiquement dans un Lavomatic : Enterrer les morts et réparer les vivants,  la citation de Platonov relevée dans un journal comme on relève une information banale. Enterrer les morts pose véritablement l’enjeu que le don d’organes devrait nous inviter à  penser. L’auteur l’a tout simplement rayé de son titre, comme elle a rayé de son roman la question métaphysique. Que deviennent les morts, que deviennent les organes qui ressuscitent dans d’autres vies ? Claire, la transplantée, ne peut tout simplement pas dire merci à la famille de son donneur, vide préoccupation de la fin, sans grand destin pour la littérature. 

Car si le roman a un destin, comme je le crois, c’est bien celui d’inventer les questions que l’homme n’a pas encore posées, d’imaginer la part invisible de ce monde-ci réduit à un spectacle usé. La recrudescence de la littérature informationnelle nous confine inéluctablement sur un territoire mortifère (que je définis comme l’opposé de l’émerveillement), territoire que se partagent déjà tant et tant de discours morts-nés. La transplantation d’un organe se limite-t-elle à échanger un boulon usé contre un boulon neuf ?  Le cœur plus que tout autre organe est chargé d’une valeur symbolique. Il est le siège des affects et de la Vie. Avec le don d’organes, la disparition de l’être se voit différé, reterritorialisé dans l’autre et s’ouvre sur une promesse d’un Au-delà, non plus au Paradis mais dans le monde des vivants. La possibilité de cette transmigration d’une « part de l’être » dans un autre corps travaille non seulement  la société mais modifie aussi notre perception de la « fin » de toute vie. Une modification qui s’opère dans l’effroi et l’espérance qu’elle nourrit. Comment des parents enterrent-ils un enfant dont le cœur continue à battre dans un autre ? Comment une personne transplantée peut-elle recevoir dans sa chair une part de l’autre sans en être modifiée ? Peut-être ce roman aurait-il dû commencer par la fin !  

Claire Tencin