vendredi 9 mars 2018

La mort discrète d'un homme merveilleux, Angelico Surchamp


Il était bénédictin, artiste, amoureux de l'art roman et n'a cessé d'œuvrer jusqu'au bout de sa vie pour l'art et la culture. La foi aussi sans doute. Il vient de s’éteindre à 94 ans.

On retient surtout de la longue vie d’Angelico Surchamp qu’il a fondé les belles éditions Zodiaque, dont les publications ont été longtemps composées et imprimées à l'abbaye de la Pierre-Qui-Vire et présentaient admirablement les chefs d'œuvre du roman. Pas seulement les grands édifices comme Vézelay, Autun, Tournus... mais les plus modestes chapelles et églises de campagne. Pas seulement en France mais dans toute l’Europe.

Un bel ouvrage publié en 2012, « Zodiaque. Le monument –livre », ENS Editions, éditions Stéphane Bachès, lui rend un hommage mérité.

Pour ma génération d’immédiat après-guerre, il fut celui qui nous appris à voir et à aimer ce que longtemps les amateurs d'art considéraient comme maladroit, frustre, ne valant que comme annonciateur du gothique ! Il a renouvelé notre regard sur l’art roman.

Il a aussi initié à Vézelay dans les années cinquante des expositions remarquables, participant ainsi par ses écrits, ses éditions ses manifestations au formidable essor et renouveau de l’art sacré au XXè siècle.
 
 

Né en 1924 à Troyes dans une famille fervente et cultivée. « Je suis né dans un milieu pour lequel la beauté était quelque chose de naturel » (La Croix du 7 mars 2018), il eut une double vocation pour le dessin et le sacerdoce. En 1942, il entre au monastère de La Pierre-Qui-Vire, adoptant le nom d’Angelico en référence au célèbre peintre du Quattrocento.

Partagé entre ces deux vocations, artistique et monastique, on lui permet d’entrer dans l’atelier du cubiste Gleizes. Sa peinture est alors résolument moderne, abstraite. Son professeur l’ouvre aux liens entre art moderne et arts primitifs, dont l’art roman. « L’art roman traduisait, disait-il, comme l’art moderne à ses débuts, ce désir profond du cœur de l’homme : suggérer un monde invisible plus réel et plus essentiel que ce qui l’entoure » (La Croix, précité).

Créées en 1953, après avoir émergé sous forme de revue en 1951, les Editions Zodiaque vont célébrer en 200 volumes la beauté de cet art et décliner diverses collections. Angelico s’entoure de photographes exceptionnels, comme Jean Dieuzaide et Pierre Belzeaux, et privilégie, comme le faisait Christian Zervos pour Cahiers d’art, les images en noir et blanc, sobres et contrastées. Pendant près de quarante ans, ils vont sillonner les routes de France et d’Europe et publier des livres exigeants.

Après son retrait en 1995 le moine défenseur du roman consacra plus de temps à son œuvre personnelle et peignit environ 400 toiles. Il devint aumônier de bénédictines en Saône et Loire et vécut chez elle simplement en religieux.

 

Il est incontestable qu’Angelico Surchamp a permis une redécouverte du monde roman et de Vézelay en particulier, et pas seulement dans les milieux chrétiens intellectuels !

C’est au début des années 50 aussi qu’il imagine des expositions d’art sacré contemporain sur la colline.

 Il faut se souvenir qu’après l’Occupation et à la demande de l’archevêque de Sens, Mgr Lamy, les bénédictins de la Pierre-Qui-Vire prennent en charge la paroisse et la gardent jusqu’en 1953, avant de la remettre aux franciscains, présents jusqu’en 1993.

Cette période bénédictine est particulièrement féconde. L’intérêt de l’Ordre pour la vie intellectuelle et artistique est connu, mais la personnalité de notre Surchamp, artiste, musicien, peintre est fondamentale. Il publie très vite pour les touristes un fascicule sur l’art roman qui rencontre un grand succès. Avec ses frères il organise à partir de 1950 des expositions d’art contemporain dans ce qu’on appelait alors le vicariat, qu’occupe aujourd’hui le musée de l’œuvre. Dom Surchamp publie à l’occasion un texte, « Deux notes sur l’art abstrait » qui deviendra le premier numéro de la revue Zodiaque. Le second numéro, sorti la même année, a pour titre « L’agonie de l’art sacré »…

« En 1950, m’a-t-il raconté il y a quelques années, nous n’avons exposé que des œuvres de notre atelier et celles d’artistes amis. Mais, à plus de 60 ans de distance, je serais incapable de vous dire lesquelles. Et pas davantage celles de l’année suivante, lors d’une manifestation réalisée avec le concours du musée national d’Art moderne de Paris… Et pourtant, c’est à cette occasion que nous avons réalisé les deux premiers cahiers de ce qui allait devenir, dès septembre, la revue Zodiaque »

Après quelques recherches, on peut citer quelques noms d’artistes pour ces expositions. En 1950, Henri Jannot, Jean Desprès, l’orfèvre d’Avallon et Michel Timoleonthos. En 1951, grâce au musée d’art moderne, Fernand Léger et Bazaine, en 1952 Desprès encore, Simone Delattre, Rouault, Puiforcat, Chagall, Lambert Rucky (sculpteur) et Barillet (verrier).

Avec l’arrivée des franciscains les manifestations s’espacent et sont prises en charge par des laïques. En 1955, François Brochet prend la relève et présente des œuvres de Bernard Buffet et Michel Ciry. Il recommence en 1957 et 1958.

Hélas, les manifestations disparaissent au fil du temps, mais laisse le souvenir d’un âge d’or de l’art sacré contemporain sur la colline, initié par le jeune moine artiste qui s’est fait le serviteur de la beauté et de l’art roman.

GPB

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